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Château Irlandais

Je vous écris d’un château Irlandais, la pluie ne brouille plus la vue sur un bras de mer aux eaux plates couleur d’étain, le soleil ne brillera sans doute pas avant longtemps mais personne ne s’en soucie.

A commencer par l’enfilade de tours gothiques s’élevant au dessus des falaises à l’entrée d’un parc aussi vaste et exubérant qu’une libre forêt. Je vous écris non loin de l’île d’Achille, dans le comté de Mayo; toutefois, mon château aux courbes sévères, rempart irréfragable de l’honneur d’une famille dont les fils portèrent avec éclat leurs épées de fer, ressemble à un héros de roman. Plus précisément, ce manoir enfanté par le roc irlandais pourrait arbitrer le destin des personnages égocentriques à outrance, capricieux avec une allure folle, accablants d’incohérence et attachants malgré eux, de cette grande Dame irlandaise que fut Molly Keane.

Publiée dans les années cinquante sous le pseudonyme de M.J Farrell, adulée, oubliée, enterrée même, elle eût le bon goût de plonger dans la fontaine de jouvence des écrivains se moquant des aléas du sort: trente ans après, elle réveillera l’art de vivre au château sous les ondées de la passion, l’averse des sentiments meurtris et les cascades d’humour léger.

Ouvrez « Chasse au trésor » et c’est un château qui s’ouvrira dés les premières pages: « Retranchée derrière son armure de pierre, la maison à face de chat ignorait complètement l’après-midi. C’était une haute maison carrée faite de moellons irréguliers comme des écailles de poisson…

Le soleil qui tapait sur la façade froide de la maison lui donnait malgré elle une allure bienfaisante…

Il n’y avait aucun mouvement nulle part. La maison était vide . »

Or, le château contient au contraire le plus bizarre assortiment de châtelains qu’un romancier puisse inventer: un oncle dandy, amateur de champagne à toute heure, racé comme un meuble estampillé et, bien sûr dédaigneux de toute confrontation avec la réalité, une tante du même acabit dont la corpulence n’a d’ égale que  la gourmandise et le sens du confort, des neveux tentant d’acquérir un esprit moderne et pragmatique avec l’énergie du désespoir  et enfin, leur chère aïeule, délirante vieille baronne  cultivant ses rêves de voyage à bord de l’Orient Express du fond d’une antique chaise à porteurs. Le tableau n’est charmant qu’en apparences, hélas . »Je n’ai pas d’avenir » laisse échapper la tendre jeune cousine de l’héritier » et elle voit juste:la situation est grave pour le jeune baronnet, beau comme un dieu grec et mélancolique comme un français devant sa feuille d’impôt, sentant monter la sinistre odeur de la ruine: « il songea à tous les gens qui dans cette maison dépendaient de ses efforts, et il en eut la nausée. »

L’intrusion de trois hôtes payants, admis du bout des lèvres par les domestiques choqués et révoltés par ces efforts économiques vulgaires de la part de leur jeune châtelain, bouleversera la douce routine des aînés sans apporter la prospérité tant désirée. La maison va alors prendre les choses en main.

Dans ses flancs baignés d’humidité, le salut attend sous l’apparence d’une parure d’énormes rubis offert à Vienne  par l’époux de la tante Anna-Rose, disparu de manière fort étrange  au soir de leurs noces… l’infortuné baron tomba du train, et sa ravissante veuve en perdit la raison sans parler des rubis… S’engage ainsi , au bout de cinquante années d’incertitude, une chasse au trésor  sous l’égide d’un hôte esthète assez sensible pour écouter la voix feutrée du génie des lieux.

Les sentiments refoulés sous les vestes de tweed jailliront au moment précis où un flot de rubis ouvrira l’horizon du château; reconnaissant, celui-ci mettra toute l’ancienne vigueur contenue entre ses murs glacés à réchauffer le cœur de ses jeunes gens qui se sont donnés à lui .

A l’ultime instant, le baronnet se déclarera dans les termes les moins romantiques qu’un cerveau amoureux puisse rassembler: « Veronica, dit-il, je suis trempé et j’ai horriblement froid ».

Et le château de souffler la traduction adéquate à la tendre Veronica: « Il avait voulu dire je t’aime. Pardonne-moi. Tu ne dois pas m’en vouloir d’avoir été cruel d’autant plus que je le serai encore « , et Veronica comprend: « L’éclat de cette voix muette était claire pour elle .

Sa présence certaine la souleva comme des ailes et la transporta dans cet air différent que respirent les femmes aimées « .

Molly Keane fleurit la rude pierre de ses manoirs irlandais par son style musical et enjoué , on se prend à aimer son petit monde oscillant entre tragédie et comédie, mélancolie et moqueries; allez à la rencontre de ces adorables romans de château qui vous inciteront à aimer sous la pluie.

Photo chateau Irlande

à bientôt,

Lady Alix

http://www.chateausaintmichel.fr/

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